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Idéal
En vacances, je me suis aussi ennuyé, j'ai eu beaucoup le temps de réfléchir, et avec l'âge, je le fais de plus en plus mal. C'est exactement comme lorsque je ne suis pas en vacances.

J'ai découvert le parcours de deux grands "petits" hommes en ce début d'année. Cela se passe à la Réunion, les dix premiers jours de janvier.

Le premier de ces hommes a eu un jour une idée, et cette idée a germé pour se changer en projet fou et ambitieux : ouvrir une table d'hôte unique en son genre avec sa femme, un table vouée à la passion, et à l'amour. A force de courage, de dossiers montés et remontés, de longues années de formation, d'équipes municipales corrompues à affronter, d'incendies criminels, de matins à tout recommencer, lui qui n'a jamais désespéré, a finalement atteint son objectif. Son histoire nous a été contée en même temps que l'histoire de cette table d'hôte si charmante. Bon, là, on n'a rencontré que sa femme car il est en voyage avec sa nouvelle compagne. Il y avait bien quelque chose qui clochait, la vie prend parfois des tours innatendus, mais, son rêve d'enfant, sa détermination, sa patience, sa pugnacité, forcent le respect et sont une source d'inspiration. Ce jour là, je ressens comme un déclic, ma vie est sur pause.

Le second de ces hommes est probablement l'esprit, créole de surcroît, le plus surprenant, vif et le plus drôle qu'il m'aie été jamais donné de rencontrer. Ce qu'il fait dans la vie n'a pourtant l'air de rien. Ce n'est pas vraiment du charisme, ce bonhomme là parait bien trop modeste. Il passe ses matinées à féconder les gousses de vanille. L'après-midi, il entrepose la vanille puis il attend des mois que la sêve se transforme en parfum. C'est comme une communion avec la nature. Il parle aux enfants comme un sage qui aurait des carambars dans sa poche, et il parle aux enfants au fond des adultes. Peut-être a t'il le même speech qu'il peaufine chaque jour devant ses visiteurs, cela parait tellement rodé. A vrai dire, au bout d'une heure il commence déjà à répéter les quelques leçons de vie qu'il prodigue aux enfants devant les parents dépassés. Lui a l'air de n'avoir aucune ambition.  Pourtant cela l'a mené à New York ou il a reçu, ce qu'il en est fier, un prix international d'excellence pour sa petite entreprise familiale, l'équivalent d'un prix Nobel pour les entreprises. Il a observé, amusé, plongé dans l'opulence la plus complète, le décalage entre leur monde et le sien, leur philosophie pleine de calcul, de chiffres, quand lui évoque l'essence du Petit Prince à chaque pas de porte. Il a le goût des citations, qui font le lit de sa pensée : c'est quelqu'un qui se lève tôt. Il dit que dans la vie, il faut vivre avec amour, passion, et intensité l'instant présent. Il dit aussi que ça ne marche qu'avec un idéal; le cas contraire, on ne peut faire que tourner en rond. Et là, ma tête explose.

Y a une étude dans le genre sciences humaines qui tend à comparer le bonheur à vivre une vie guidée par des objectifs que l'on fixe et que l'on tente d'atteindre, à une vie portée par une pratique désintéressée d'expériences. Les seconds réussiraient au moins autant dans la vie et vivraient plus heureux. Le pourquoi du comment est évident, mais pas tout le temps, et pas pour tout le monde.

De me balader d'un bout à l'autre du spectre, j'ai toujours su qu'il me faudrait un jour revenir au centre, cultiver à nouveau de l'espoir, me fixer quelques objectifs atteignables, tout en célébrant le goût des expériences imprévues, qu'il me faudrait moduler le flou sur ma palette et le rendre juste un peu moins présent. Et depuis, je fais un focus sur ce mot, "idéal". En le redécouvrant, j'ai découvert que j'en était démuni.

J'ai demandé à ma soeur, comment elle arrivait à conjuguer ses désirs d'avenir, de maison, de bébé, à sa conscience particulièrement aiguisée du déclin écologique de notre civilisation désormais juste au dessus de nos têtes. Elle m'a répondu qu'il lui paraissait nécessaire de fermer les yeux sur certaines choses lorsqu'elle pensait à son bonheur.

Alors, oui, il doit y avoir des idéaux qui s'accommoderont très bien de la crise internationale, des pandémies, des effondrements et catastrophes irrémédiables qui ponctuent l'exploitation de la misère humaine. Ca ressemble même déjà à une question de survie, d'avoir un idéal. Du coup, j'ai commencé 2009 avec un nouvel objectif. Trouver mon Idéal. Histoire d'arrêter de tourner en rond.
 
Ecrit par Bibasse, à 01:44 dans la rubrique "Aura des paquerettes".



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